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Pierre-Marie LegrainChronique de Pierre-Marie, co-propriétaire de Dumoulin Bicyclettes

J’habite au-dessus d’une piste cyclable. Lorsque j’ai emménagé, j’étais loin de m’imaginer à quel point ce serait inspirant et comment cela me renseignerait sur nos comportements de cyclistes. Histoires, déambulations et observations.

Ce matin, je suis décontracté et à l’heure. Mon fils est gardé par une pro, je viens de le laisser et il était de bonne humeur. Il nous a gratifié d’une belle nuit de sommeil de 7 heures. Ça se prend. J’enfourche mon vélo, il fait assez chaud pour un 5 février. Je sors doucement de ma torpeur domestique, du cocon familial, et je respire l’air du matin.

La circulation est fluide, les gens sont assez relaxes. Je pédale donc je souris.

J’arrive à l’intersection St-Zotique/St-Denis, barrée pour travaux. Quelque chose en rapport aux canalisations. Un classique. Une voiture et sa conductrice me donnent alors un beau spectacle. Cette personne me dépasse vivement, en me laissant un bel espace, mais en se précipitant pour se placer à la lumière. Ah ! Non, c’est bouché. Qu’à cela ne tienne, elle décide de couper à travers une station service sur sa droite pour éviter le feu… mais se retrouve finalement à devoir patienter derrière un flot continu d’autos… Elle attend.

«[…] tel est pris qui croyait prendre».

Pendant donc que je riais volontiers de cette situation, je suis interpellé par une préposée à la circulation, que je nomme affectueusement en mon for intérieur «madame circulation en temps de chantier».
«Vous voulez traverser et aller par là ?»
«Hé bien oui ! Est-ce possible ?» «Ce ne sera pas long».

La lumière passe au vert, elle abaisse son drapeau, «allez-y Monsieur», je m’élance, une voiture derrière moi veut en faire de même… tttt… Mon amie de la voirie l’arrête avec autorité. «Bonne journée Madame». Sourires échangés, politesses parlées. Je passe à travers les travaux.

Cette personne se rend-elle compte à quel point elle humanise ma vie en ces instants ? Cette personne se rend-elle compte qu’elle ne pourra jamais avoir cette interaction avec une auto ? Certainement lui fera-t-on signe. Les automobilistes ne sont pas des monstres, mais personne ne lui parlera à la fois autant et si peu. Le peu qui change toute une journée.

—-

Je continue mon chemin : un homme marche sur le trottoir et s’apprête à traverser sur un passage piéton, peint de jaune… Il s’arrête et veut me laisser passer. Je lui fais signe que non, qu’il peut y aller. Il s’entête. «Non non, monsieur, je vous en prie, vous êtes sur un passage piéton et sur un jaune en plus…» «Ah, mais je sais ce que c’est d’être en vélo». «Je vous remercie, mais regardez, la lumière est rouge 20 mètres plus loin… Je vous en prie passez.». Il part à rire franchement, et je souris de plus belle. Heureux de redémarrer. Heureux d’arriver à mon feu rouge sans m’arrêter finalement, car à peine deux secondes après, il repasse au vert.

Des petits riens. Des «peu de chose». Des interactions et des politesses. Des sourires échangés, mais ces riens-là humanisent et donnent confiance dans l’autre. L’essence même de la civilité.

Voilà pourquoi les cyclistes sont plus heureux.

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