Chronique de Pierre-Marie, co-propriétaire de Dumoulin Bicyclettes
Je ne vous l’ai pas encore dit, mais j’habite au-dessus d’une piste cyclable. Lorsque j’ai emménagé, j’étais loin de m’imaginer à quel point ce serait inspirant et comment cela me renseignerait sur nos comportements de cyclistes. Histoires et observations.
Bravo à tous les cyclistes 4 saisons !
Ce dont je me rends compte depuis le bord de ma fenêtre, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à rouler durant la saison blanche. Certes cette année, l’hiver n’a de blanc que sa réputation, cependant il faut tout de même compter avec une météo pas si agréable et des conditions aléatoires.
On se dit souvent que l’on est pas si fous, pas si courageux et que non, nous n’avons pas besoin des superlatifs d’admiration : ce que nous faisons, c’est de nous déplacer au quotidien, au moyen du vélo, ce qui satisfait nos valeurs, nos mollets, notre système cardio-pulmonaire, notre hypothalamus et les différents cortex. Ça nous rend heureux. Bref, quoi de plus normal ?
Ça nous rend fier aussi, devant des gens qui semblent engoncés dans leurs peurs et/ou sclérosés dans leurs principes rétrogrades. Oui, on se sent intelligents et notre orgueil est gonflé lorsqu’on lâche dans un diner de famille : «Je continue à rouler. Vous savez, ce n’est pas si dur, et puis, je suis bien équipé».
Ça plombe quand même l’ambiance, ça part une énième chicane sur la place que les cyclistes prennent sur la route et arrive l’ensemble des arguments fallacieux et redondants du type : «oh, mais de toute manière vous prenez toute la place et vous n’avancez pas.», «Vous ne respectez pas le code de la route», «C’est dangereux, jamais de la vie je ne prendrai mon vélo à Montréal, et encore moins en hiver», «Il fait trop froid. C’est pas la saison pour le vélo. Et puis, j’ai peur de vous écraser».
Et vous savez quoi ? Je vais dire la même phrase que ma chère belle-maman à la fin de ces conversations : «En tout cas, moi, je vous admire.»
Oui, parce qu’il faut se le dire aussi, ça fait du bien de se sentir admiré. Il n’y a pas beaucoup de journalistes qui laissent place dans les sempiternels débats (foireux et assez populistes) «pour ou contre le vélo d’hiver» à de l’admiration sincère et bien méritée.
Je vous admire, chers cyclistes 4 saisons, de braver le froid et de montrer que l’humain reste encore en ville. De ne pas avoir peur de confronter les habitacles sur 4 roues, vitres teintées et klaxons agressifs. Je vous admire d’endurer les regards suspicieux, les engueulades désagréables, ou les volontés d’intimidation. Allez, on s’auto-congratule sur notre capacité à passer l’hiver, à ne pas réagir en pollueur, à oeuvrer pour nos enfants, ceux des autres et pour nous-mêmes, à croire coûte que coûte que chaque petite fumée de vapeur que l’on recrache change le monde. Oui, nous, on passe 100% des tests anti-pollution. Sans tricher.
En cette belle journée blanche, et pour préparer avec entrain l’événement «À vélo sous zéro», je vous tire mon chapeau et vous dis merci. Je ne suis pas seul. Vous ne l’êtes pas.